vendredi 30 mars 2012

Haïti: Un Nouveau Tourisme est Possible


Interview de Jean-Paul GUILLOBEL,
Consultant en Hôtellerie│Restauration│Tourisme│Marketing, ayant fait des études de Gestion Internationale de l’Hôtellerie et du Tourisme à l’Institut Vatel Nîmes, France (www.vatel.fr). Ayant 3 Diplômes : Un Bachelor Degree in International Hotel Management & Tourism (VATEL) ; Une Licence Droit, Economie, Gestion, Mention Economie et Management (Université de Perpignan Via Domitia, France) ; et l’EURHODIP (European Bachelor Degree in Hotel Management- by the Leading Hotel Schools of Europe).

Interviewé par Audrey-Jane BALDI, Professionnelle du Tourisme en France, Diplômée de l’Institut Français de la Presse, détenant une Licence en Communication (Espagne) finissante en Marketing et Management du Tourisme ISC Paris, se consacrant à la clôture de son Mémoire Master 2 Marketing et Management du Tourisme dont le sujet est : « La possibilité de la reconstruction touristique en Haïti ? Et quel Tourisme pour Haïti ? »

1.       Selon le nouveau gouvernement Haïtien, en 2012 Haïti est sortie de l’urgence, suite au tremblement de terre de 2010. Pensez-vous que maintenant un Tourisme en Haïti est possible ?
Le tremblement de terre a été un coup de massue que la terre a portée à Haïti. Avant cette catastrophe innommable, nous étions en train de sortir péniblement, des spectres de différentes dictatures, de la pauvreté et de la corruption. Pendant plus de 3 décennies, nous avons souffert de l’ingérence de nos dirigeants. En 2009, de nombreux contrats et projets étaient en train de débuter. Une lueur d’espoir avait enfin vu le jour. De nombreux projets hôteliers étaient en cours, des projets d’amélioration des infrastructures se mettaient en place. L’horizon d’une Haïti plus développée était en train de poindre. Puis le séisme est venu tout détruire, apportant avec lui un bagage néfaste de destruction et engluant le pays dans une tourmente sans nom. Notre nouveau gouvernement, infiniment proactif est en train de travailler afin de redynamiser le pays en matière d’Affaires et de Tourisme. Jamais, de toute l’Histoire d’Haïti n’avons-nous vu, une Ministre du Tourisme aussi motivée et dynamique. Oui, un Tourisme est possible en Haïti. Pour ce faire, il va falloir prendre les bonnes décisions, faire les bons choix, orienter le pays vers une optique touristique spécifique, tout en mettant en place les infrastructures nécessaires, afin de pouvoir recevoir des touristes dans une destination qui a tant à offrir. La mise en Tourisme d’Haïti ne peut se faire de manière efficiente, si les aspects du développement durable, de la protection de l’environnement et des dotations touristiques ne sont considérés. 

2.       Si oui, quelle forme de Tourisme est envisageable pour ce pays, et serait-t-il selon vous source de développement ?

Haïti est avant tout un pays de Culture, d’Artistes, de Mystères, de Saveurs, de Couleurs et de Contrastes. Au travers d’une culture plurielle Haïti à un potentiel touristique énorme. Aujourd’hui, Haïti à enfin un Gouvernement réfléchi et éclairé, qui comprend, que comme s’est fait le développement des pays voisins par le Tourisme, Haïti, elle aussi peut profiter de ce secteur, capable de dynamiser son économie, augmenter son PIB et générer des emplois. Beaucoup de gens calquent leurs désirs touristiques pour Haïti, vers un développement similaire à la République Dominicaine, c’est-à-dire un Tourisme de Masse. Je fais partie du courant, qui  prône plutôt un Tourisme similaire à celui de Saint-Barth’ : Tourisme de Luxe alliant Culture et Artisanat. Je soutiens la théorie du Tourisme de Luxe alliant Raffinement Gastronomique, Culture, Art, Peinture, Musique. Je soutiens une Haïti « Culturelle et Ecologique », qui considère le développement durable. Le développement d’activités ludiques et/ou d’Offres de Vacances Sportives : Camping de Luxe, Randonnée de Montagne aux Prestations Exclusives, Cyclisme (Et pourquoi pas le Tour d’Haïti), Surfing (Jacmel, Côtes-de-Fer), le développement de l’Eco-tourisme et du Géo-Tourisme serait l’optique vers laquelle Haïti devrait s’orienter. La Faiblesse de la destination aujourd’hui : Exorbitant Rapport Qualité/Prix, Instabilité Politique et Insécurité, ainsi que la mauvaise publicité que l'on fait à Haïti et que le gouvernement, les instances touristiques et les hôteliers cherchent activement à corriger. Les hôtels en Haïti sont très chers. Pour les prix proposés, il serait intéressant que les Hôteliers offrent des produits de Luxe Qualitatif. Pour parvenir à l’amélioration des Prestations, des Formations Théoriques et Pratiques sont nécessaires.  Vu, nos prix, nous n’arriverons jamais à faire du Tourisme de Masse. Les destinations plus économiques, telles que la République Dominicaine, la Tunisie, le Maghreb attireront davantage. Le développement de « Clusters Touristiques » en Haïti est inévitable. Certaines de nos régions et petites îles sont des merveilles vierges qui ne méritent qu’à être mise en exergue. Nous pouvons citer : l’Ile à Vache, La Gônave, Jacmel et bien d’autres sites. Les transformer en Clusters Touristiques avec un type prédéterminé de tourisme dans chacun d’entre eux serait très intéressant.

3.       Pensez-vous qu’une véritable clientèle pourrait être intéressée par venir en Haïti. Ou cela uniquement une clientèle de niche (diaspora, employés des ONG, tourisme solidaire, etc.) ? 

Pour le moment les Touristes que nous avons sur la destination sont surtout issus de la Diaspora, des ONG. Se développe également énormément un Tourisme Solidaire orienté notamment vers de la Découverte Culturelle. De nombreuses personnes viennent en Haïti pour aider, c’est-à-dire pour une cause spécifique, mais profitent également, de découvrir les attraits culturels : artistes, peintures, artisanat, style architectural (Gingerbread), etc. Pour le moment nous avons une clientèle de niche.
Pour le long terme, je crois  qu’Haïti devrait s’orienter vers une Tourisme Culturel. L’offre Sea, Sun, Sand, est en régression sur le plan international. La République Dominicaine, quant à elle s’interroge depuis plus de 5 ans  sur les résultats du Tourisme axé uniquement soleil, qui sur le long terme peut ne point survivre. Ils essaient de réorienter certains pôles et clusters de la destination, en axe culturel. Dans leurs universités de nombreux panels sont réalisés sur la nécessité d’un développement plus culturel et plus et plus durable. Toujours est-il, Haïti dans ses grandes heures du Tourisme dans les années 50-60 Haïti n’a jamais été une destination Sea, Sand, Sun mais plutôt une destination culturelle, recevant les grandes têtes de ce monde. Le Tout-Hollywood, le Monde Intellectuel Latino-Américain fréquentait assidument Haïti.

4.       Si un Tourisme solidaire,  durable, ou Eco-concerné  est possible, sous quelle forme l’envisagez-vous ?

Je crois que le tourisme Durable, Eco-concerné, Culturel, est possible. C’est selon moi, la « Solution » pour Haïti. Un Tourisme de Masse, risque de nuire à notre faune et notre flore et sur le long terme peut être extrêmement néfaste. L’implication des hôteliers et des restaurateurs dans la protection dans l’environnement  est indubitable. Malgré les maux que connait notre environnement, nous avons encore des dotations environnementales intéressantes, pouvant attirer une clientèle désireuse d’aventure, une clientèle désireuse de s’impliquer dans le reboisement, désireuse de participer dans des activités solidaires permettant les populations locales d’évoluer.

5.       Pensez-vous que de grands groupes Touristiques pourraient être intéressés par l’implantation dans l’île ?

Les grands groupes Touristiques et Hôteliers pensent déjà à s’y installer et y réalisent des projets. Entre Marriott qui a signé un contrat d’implantation d’Hôtel, Best Western dont l’immeuble est presque prêt et Occidental Hotels qui ouvre prochainement le Royal Occidental Oasis, ainsi que de nombreux groupes qui envisagent des projets, il y a tout une mouvance dans le secteur et des perspectives d’avenir profondément intéressantes.

6.       L’image d’Haïti est marquée par l’instabilité politique et l’insécurité, pensez-vous que cette image est modifiable ? Et comment pourrait-on réinstaurer un climat de confiance dans la destination.

Haïti a beaucoup souffert de son image. Entre la réalité politique de ces tarentes dernières années, les tumultes de l’insécurité, la presse internationale qui augmente quotidiennement les faits, il y a tout un « branding » à refaire. Notre gouvernement travaille ardemment afin de redorer l’image d’Haïti. Certes les petits conflits que cause le Senat au Gouvernement, peuvent paraître aujourd’hui embêtants. Cependant, nombreux sont ceux qui croient que ces dissensions seront rapidement résolues. La « Crise du Premier Ministre ne saurait durer.  Notre nouvelle Ministre du Tourisme jeune et dynamique, son équipe et l’ATH(Association Touristique d’Haïti) se bat intensément afin de donner un souffle nouveau à la destination. Nous espérons que leur combat portera des fruits concrets.


7.       Selon vous, des partenariats touristiques sont t’ils possibles avec La République Dominicaine qui a une industrie Touristique qui fonctionne à plein régime,  et qui semble même montrer des signes de saturation ? 

Nous sommes une « île », nous sommes historiquement (malgré nos dissensions), des frères. Aujourd’hui, nombreux sont les compagnies Dominicaines qui investissent en Haïti et/ou envisagent d’y investir. Nombreux sont les grands portefeuilles d’Haïti possédant des entreprises en République Dominicaine.  Il est indubitable que nous devons proposer un produit et/ou des produits communs. La destination doit être vendue une et non dissociée. Le Secteur Hôtelier et Touristique Dominicain en a conscience. Des groupes internationaux démarchent déjà des clients en Haïti (ONG, Clientèle Affaires). Le secteur HTR haïtien lui aussi commence à comprendre que c’est une véritable union qui créera la force de la destination « Hispañiola » ! Le produit « Hispañiola » est en cours. La Ministre du Tourisme a déjà rencontre son homologue Dominicain et travaille à unifier le « produit » touristique. Le Tourisme sur l’Ile d’« Hispañiola » à deux belles heures devant lui !

Jean-Paul GUILLOBEL, Consultant en Hôtellerie│Restauration│Tourisme│Marketing
Mars 2012 
Ranch Le Montcel, Belot - Haïti