
Mai 2011
(Texte Original)
C’est au Complexe Gama, sis au 514 de la Route De Delmas (Delmas 66), plus particulièrement aux locaux de la Fondation « Etre Ayisyen », qu’a eu lieu, ce 18 Mai 2011, la conférence-débat de la jeune association : JVEA (Jeunes Volontaires en Action) dont le sujet fut: Notre Drapeau, Notre Identité.
Pour cet évènement à caractère patriotique, nombreuses sont les associations de jeunes qui ont fait le déplacement, en ce jour de fête du Bicolore, de la Première République Nègre, afin de montrer que la jeunesse montante haïtienne à en son sein, encore l’ « esprit » patriotique et le respect de son drapeau. L’association organisatrice de l’évènement, a choisi les locaux de la Fondation « Etre Ayisyen », pour la valeur civique et patriotique qu’incarne cette institution.
Dans la salle de nombreux drapeaux flottent fièrement. L’évènement est prévu pour 15 h pm, et déjà à 14 h 30 pm tout le monde est en présence, la salle est bondée. La conférence débute précisément à 15 h tapante, comme prévu. Le Responsable des Relations Publiques de l’Association, Jean-Paul GUILLOBEL, présente ce regroupement de jeunes crée il y a, à peu près un trimestre. Il brosse le dessein de celle-ci. L’Association veut œuvrer dans les domaines de l’éducation, la culture, l’environnement, dans les actions civiques, dans le but d’inciter les jeunes « Ayisyens » à s’impliquer dans la « construction » de la nouvelle Ayiti.
Mademoiselle Naed JASMIN, Diplômée de La Sorbonne, Coordinatrice de la JVEA, est la première à intervenir. Elle présente l’ « Importance de la Jeune Femme « Ayisyenn » dans le Processus de Reconstruction d’Haïti ». Le sujet n’est pas facile. Les mœurs et la culture « Ayisyenn » ne valorisent pas la femme, selon elle. Elle exhorte la population « Ayisyenn », à la conscientisation. « La femme est le pilier de cette nation » nous dit-elle. De Catherine Flon, à Défilée La Folle, en passant par Claire Heureuse, la femme a toujours joué un rôle moteur dans la bonne marche des affaires d’Etat, mais également a le rôle principal au sein de la famille « Ayisyenn » affirme-t-elle fièrement. Elle n’hésite pas à nous parler de toutes ses femmes vaillantes qui éduquent nos « fils ». Dans la présentation qu’elle a brossée de manière très objective, Mademoiselle JASMIN, a suscité pas mal de réactions au sein de la gent masculine, pour la plupart majoritaire ce jour là. Malgré la présence de jeunes gens biens formés, on a pu constater que le « machisme » est encore bien ancré dans la mentalité « Ayisyenn ». Naed JASMIN a eu le privilège d’avoir comme appui féminin, durant ce débat où l’esprit « phallocratique » dominait, l’aide de Mademoiselle Myrthel GUILLAUME, la Responsable de l’association Cric-Crac (association d’aide aux enfants dans la précarité). Anthony BARBIER, un des intervenants, quant à lui, parle en ces termes: « Nous devons ouvrir les portes, pour que les femmes aient le même niveau éducatif que les hommes. Nous devons accepter que la femme soit différente, mais également égale à l’homme. »
Le deuxième intervenant fut Monsieur Valery FILS-AIME, le Vice-Président des Réseaux Sociaux de la Fondation « Etre Ayisyen ». Il a abordé le sujet du : « Rôle des jeunes dans le processus de la reconstruction. Pour Valéry FILS-AIME il faut indubitablement combattre le départ massif définitif de nos jeunes, vers l’occident. Il parle en ces termes : « Aujourd’hui le rêve de tout Ayisyen est de « partir », voyager vers l’ « aigle ». Le « Rêve Ayisyen » c’est d’être ailleurs ». Il déplore cet état des choses et des mentalités.
« Est-ce que nous avons conscience que c’est nous, les jeunes, le futur de ce pays ? » crie-t-il à l’assistance. Il continue plus loin, en affirmant : « Nous avons le devoir d’agir ». Pour lui, « Jeune », est un état passager, il faut en profiter et construire l’avenir : « Il nous faut être des leaders. Il faut que les jeunes s’impliquent dans l’entreprenariat. ». Il fustige cette tendance générale de l’éducation « Ayisyenn » à créer des « soumis », des « employés ».
« Que faisons-nous des entrepreneurs qui sont en nous !» lance-il à ses congénères. Il déplore que les jeunes pensent uniquement à court terme et veulent tous, « un job dans une ONG ». Le jeune Valéry, dynamique, pose les bonnes questions, dont une qui invite à l’introspection : « Comment nos traumas, peuvent nous aider à évoluer ?».
« Il faut éduquer à l’entreprenariat. Il faut que le Jeune Ayisyen désire entreprendre» déclare-t-il. La pensée positive doit être la quête de notre jeunesse. Afin de parvenir à avoir une pensée positive il faut également travailler sur les conditions matérielles d’existence de nos jeunes continue-t-il. « Il faut que nous nous battions pour changer nos conditions matérielles d’existence ! Ce combat est nôtre, il est noble ! » lance-t-il.
Afin de participer à la reconstruction de son pays, Valéry FILS-AIME, estime que le jeune « Ayisyen » doit cerner ses blocages, développer son estime de soi, croire en un avenir meilleur et savoir que « du jour au lendemain tout peut changer », tout peut changer de manière positive, insiste-il. C’est ce changement de paradigme que prône le jeune Vice-Président des Réseaux Sociaux de la Fondation « Etre Ayisyen ». Parallèlement il exhorte les Institutions à favoriser l’entreprenariat et inciter les jeunes à développer la « culture du risque » et de l’investissement.
Le troisième paneliste de cette rencontre fut Anthony BARBIER. Connu comme sociologue, membre de mouvements pour l’avancement du citoyen Ayisyen, Anthony BARBIER s’est fait remarquer avec sa présentation sur : « Le Défi d’Etre Ayisyen ».
Selon Monsieur BARBIER, nous vivons un chaos innommable. Celui-ci se divise en différents types :
- Le chaos politique
- Le chaos social et économique
- Le chaos culturel
- Le chaos religieux
Le respect de l’ «autre » est une valeur inexistante aujourd’hui au sein de notre société, selon lui. « Le plus dur, est de relever Le Défi d’Etre Ayisyen », extériorise-t-il. Le chaos, cette dimension, qui nous dépasse, mais que nous vivons ; cette dimension, qui fait partie du quotidien de tout Ayisyen, est dû selon lui à : « Notre mentalité, aux dysfonctionnements des pouvoirs de l’Etat, au vide institutionnel, à une crise de leadership générale, à l’explosion et la mutation démographique, à la migration et l’urbanisation anarchique, au brouillage et à la perte de repères, au conflit de génération. ». On gère notre chaos, notre misère. « Le drapeau n’a plus une signification pour plus de 70% de la population. » continue Monsieur BARBIER. Il nous faut développer l’implication participative, la responsabilisation, le civisme, est-il convaincu.
Anthony BARBIER ne mâche pas ses mots : « Le secteur privé est dans l’impotence. ».
Chaque Ayisyen à l’impression d’être tout seul sur cette terre, néanmoins Anthony BARBIER, dit croire en cette « jeunesse naissante ». Cette jeunesse meurtrie, qui veut s’en sortir, c’est selon lui le « salut » de notre peuple. Certes la société est chamboulée, les valeurs se perdent, mais il dit apercevoir, ce noyau de jeunes motivés qui s’impliquent et surtout désirent participer dans la refonte de leur état. La pauvreté ne doit pas freiner notre « intellect », certes il est dur pour un jeune défavorisé de penser, le ventre vide, mais il faut se « battre » pour s’en sortir estime-t-il. Il croit qu’un salut est possible. « Nous devons développer en nous le sentiment de responsabilité, le sentiment d’appartenance. » nous propose-t-il. « Les élites intellectuelles, économiques et politiques, bataillent entre elles. », « souvent la question de couleur est mise en exergue, alors que nous savons tous que c’est un faux problème, ou plutôt une arme politique. », insiste-t-il auprès de tous ces jeunes qui l’écoutent d’une oreille plus qu’attentive.
Pour clore cette conférence, l’historien Georges Michel, ne pouvant être présent à fournit une vidéo aux Jeunes Volontaires en Action, sur : « Le symbolisme du drapeau Ayisyen. ».
Une partie culturelle fut assurée par des membres du Groupe JM avec un récital : Un changement pour les nègres ; FABEELUZ, jeune artiste, membre de JVEA, a présenté : Histoire Drôle de Belo ; et le Groupe RELAKS, quant à lui : « Oh Ayiti, Solèy lavi boule klòch la ».
Après une telle rencontre, on se dit tous : « Le changement est en nous, construisons l’avenir ! ».
Jean-Paul GUILLOBEL
jeanpaulguillobel@hotmail.fr
Sorti sur Le Journal Le DEFI , de la Fondation Etre Ayisyen du 15 au 30 Mai 2011






